Le freinage automatique d'urgence (AEB — Autonomous Emergency Braking) est devenu obligatoire sur tous les véhicules neufs homologués dans l'Union européenne depuis le 6 juillet 2022, dans le cadre du règlement général sur la sécurité des véhicules à moteur (GSR II). Trois ans après cette entrée en vigueur, les premières données consolidées permettent d'établir un bilan solide.
L'objectif affiché par la Commission européenne était ambitieux : réduire de 50% le nombre de tués et de 50% le nombre de blessés graves sur les routes européennes d'ici 2030. L'AEB constituait l'une des pierres angulaires de cette stratégie.
Comment fonctionne l'AEB ?
Le système AEB repose sur une combinaison de capteurs radar, caméras frontales et parfois LiDAR pour détecter les obstacles sur la trajectoire du véhicule. Lorsqu'une collision imminente est détectée, le système déclenche d'abord une alerte sonore et visuelle, puis, si le conducteur ne réagit pas, applique automatiquement le freinage.
Les systèmes de dernière génération, dits AEB multi-scénarios, sont capables de détecter non seulement les véhicules, mais aussi les piétons, les cyclistes, les animaux et même les obstacles statiques de nuit.
« L'AEB est probablement la technologie de sécurité active la plus impactante depuis l'invention de la ceinture de sécurité. Les données ne laissent aucun doute. »
— Dr. Markus Heller, Euro NCAP, conférence de Bruxelles, mars 2026
Les résultats après 3 ans
L'Agence européenne de sécurité des transports (ETSC) a publié en avril 2026 son rapport annuel sur l'accidentologie routière. Les conclusions sont sans appel : sur les routes où la proportion de véhicules équipés AEB dépasse 40% du parc roulant, on observe une réduction moyenne de 27% des collisions frontales.
Les accidents impliquant des piétons ont quant à eux reculé de 31%, un chiffre particulièrement significatif en zone urbaine. Les constructeurs qui ont investi tôt dans ces technologies — notamment Volvo, Mercedes-Benz et Toyota — affichent les meilleurs résultats dans les études indépendantes.
Des disparités selon les constructeurs
Tous les systèmes AEB ne se valent pas. Les tests Euro NCAP 2025 ont mis en évidence des écarts de performance importants : certains systèmes d'entrée de gamme peinent à détecter les cyclistes de nuit, tandis que les solutions premium intégrant le LiDAR affichent des taux de détection proches de 98% dans toutes les conditions.
- AEB avec détection piétons et cyclistes obligatoire depuis juillet 2022
- Détection nocturne des piétons requise depuis janvier 2024
- Intégration avec les systèmes V2X prévue d'ici 2027
- Mise à jour logicielle OTA obligatoire sur les nouveaux modèles
Les limites identifiées
Malgré ces résultats encourageants, plusieurs limites ont été identifiées par les chercheurs. En premier lieu, les conditions météorologiques extrêmes — neige dense, brouillard épais — continuent de dégrader significativement les performances des systèmes basés sur la vision caméra seule.
Par ailleurs, une étude de l'Université technique de Munich publiée en février 2026 pointe un phénomène préoccupant : la sur-confiance des conducteurs envers ces systèmes. Environ 23% des conducteurs interrogés déclarent avoir réduit leur vigilance au volant depuis l'acquisition d'un véhicule équipé AEB.
Vers l'AEB de nouvelle génération
La prochaine étape réglementaire, prévue pour 2027, imposera l'intégration de l'AEB avec les systèmes de communication V2X (Vehicle-to-Everything). Le véhicule pourra ainsi recevoir des alertes d'obstacles invisibles — un enfant caché derrière un camion, un véhicule arrivant d'une rue perpendiculaire — bien avant que les capteurs embarqués ne puissent les détecter.
Cette évolution, combinée à la généralisation du LiDAR haute résolution et à l'intelligence artificielle embarquée, devrait permettre d'atteindre les objectifs de réduction de 50% fixés par la Commission européenne pour 2030.